Test Oh Mon Dieu ! : Divine comédie ou chaos olympien ?

Gus & Co ·
Test Oh Mon Dieu ! : Divine comédie ou chaos olympien ?
Titre Oh Mon Dieu ! Olympe
Créateurs Thibaud Zamora
Illustrateurs Claire Zamora, Michaël Cao
Éditeur Bioviva
Joueurs 2 à 6
Âge Dès 8 ans
Durée 15 à 20 minutes
Thème Mythologie
Mécaniques Cartes, gestion de main, collection
Langue Français
Date de sortie 2025

🔱 Zeus en Steve Jobs, Cléopâtre en Beyoncé ? Oh Mon Dieu ! revisite la mythologie façon influenceurs. Notre verdict sur ce jeu d’ambiance déjanté !

Fred de Gus&Co

Ludinosaure, tombé ado dans la marmite avec Full Métal Planète, Super Gang et Fief. Puis tout s’enchaîne, un master sciences du jeu, ludothécaire, animateur en festivals, gérant d’escape game… Assagi pour cause de paternité. Rêve de retravailler dans le secteur ludique. Contamine encore son entourage de sa passion du jeu.

Oh mon dieu ! Olympe & Égypte

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.

L’essentiel en 3 points :

  • Oh Mon Dieu ! est un jeu de cartes rapide où les dieux grecs et égyptiens deviennent des influenceurs en quête de « swag », édité par Bioviva et fabriqué en France
  • Points forts : humour omniprésent, règles ultra-simples, fabrication écoresponsable ; points faibles : visuels probablement générés par IA, équilibrage hasardeux
  • Verdict : un jeu d’ambiance sympathique pour s’amuser sans prise de tête, mais qui manque de profondeur et peut-être un peu d’intérêt

J’ai vu Anubis se faire dépouiller par Aphrodite, et Poséidon sauver ma partie avec son trident. Non, je ne délire pas : je jouais à Oh Mon Dieu !

Héra-Râ-Rasputin

Oh Mon Dieu !…

Que se cache-t-il derrière cette exclamation ?

Est-ce un cri d’horreur tiré d’une scène de film sanglant ?

La verbalisation de votre dégoût à la découverte de l’offrande nauséabonde laissée par votre matou dans sa litière ?

Ou bien l’expression du plaisir débridé qui s’échappe de derrière la porte de votre chambre à coucher ?

En fait, rien de tout cela.

« Oh Mon Dieu ! » est une toute récente création ludique d’une petite équipe française, le studio Never Ending, emmenée par Thibaud Zamora et distribuée par Bioviva. Le temps de quelques parties, la gamme (composée de deux boîtes) vous propose de jouer avec les dieux de la mythologie grecque pour le premier opus, égyptienne pour le second.

Sauf que tout cela est dépoussiéré à la sauce réseaux sociaux ! Les dieux et héros sont des influenceurs à la recherche de « swag »… Votre mission ? Constituer l’équipe la plus stylée avant vos adversaires. Et il ne va pas falloir lambiner, car à l’heure d’internet, les idoles se font et se défont en un éclair…

Des boîtes qui déboîtent, des images qui partagent

Parlons d’abord de ces petites boîtes colorées : au format Cartaventura, elles sont compactes et pratiques, assurant un transport aisé dans vos sacs et valises. Et ça tombe bien, car en tant que jeu d’ambiance simple et rapide, c’est précisément ce qu’on attend de « Oh Mon Dieu ! » : à l’instar d’un Odin ou d’un Trio, être là quand on le sollicite, sans encombrer, et proposer un moment de détente « snackable ».

Les visuels de couverture, un brin tapageurs, attirent l’œil par leurs côtés déjantés et bariolés. Ils donnent le ton, entre épique et comique, avec un Zeus aux allures de Steve Jobs ou une Cléopâtre qui évoque Beyoncé. On aime ou on n’aime pas, mais cela ne laissera personne indifférent.

Petit agacement concernant les stickers Bioviva scellant les boîtes : surtout, n’essayez pas de les décoller, vous risquez d’abîmer le carton tant l’adhérence est forte. S’il est louable d’avoir fait l’effort de se dispenser du film plastique d’un point de vue environnemental, il aurait été bienvenu de faire en sorte que la pastille adhésive se retire sans causer de dégâts. C’est un détail, mais quand on est passionné de jeux de société et attentif (qui a dit maniaque ?) à leur état de conservation, cela chiffonne. Bref, contentez-vous donc d’un petit coup de cutter ou de couteau pour rompre le sceau.

À l’intérieur de la boîte, les choses sont plutôt bien faites : un insert cartonné maintient le paquet d’une soixantaine de cartes sous le (tout) petit livret de règles. Ce dernier est très concis et tient en quatre feuillets recto verso, et il y a même un QR code pointant vers une vidéo explicative pour les plus réfractaires à la lecture ! Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous facilite pas la tâche pour vous lancer à l’assaut des panthéons de vos divinités favorites…

D’ailleurs, en parlant de ces dernières, elles sont représentées sur des cartes de fort belle facture : on soulignera (et appréciera !) leur épaisseur et leur vernis protecteur, ainsi que l’impression des visuels avec une encre à base végétale. Une démarche qualitative et écoresponsable qu’on ne peut que saluer à notre époque. D’ailleurs, le jeu est même fabriqué en France, dans la Drôme. Chapeau bas.

Là où cela coince un peu, ce sont ces fameux visuels. Avec un style un peu cartoonesque, ils pourront diviser. Certes, ils sont attrayants, d’aucuns diraient même amusants, mais… quelque chose cloche, nous avons trouvé. Ils sont inégaux, manquent parfois d’unité, de cohérence artistique pourrait-on même avancer. Et cela ressemble furieusement à de la génération par IA.

On n’a rien contre son utilisation (quoique, dans le domaine artistique, cela pose question, comme l’expose fort bien Maud Chalmel, l’illustratrice de Behind et Take Time). Cependant, a minima, à cette époque où l’on doute (à juste raison) de tout, il serait apprécié de l’énoncer clairement. À quand un label « 100 % human made », à défaut d’avouer le recours à cette technologie ?

Cela pose des problèmes éthiques bien sûr, et on peut se demander si l’on peut s’attribuer la paternité (ou maternité) d’une illustration quand elle est générée ainsi. C’est un débat qui n’a pas fini d’animer les différentes sphères autour de la création, dont le jeu de société fait partie. Verra-t-on un jour un métier d’illustrateur IA naître, avec des virtuoses de l’emploi de cette dernière ? C’est ce que semble suggérer Ahmed Elgammal, professeur au laboratoire d’art et d’IA qu’il a fondé aux États-Unis, dans le courrier de l’UNESCO. Pour lui, l’IA n’est qu’un outil, presque comme un pinceau ou une palette graphique, et c’est l’humain qui l’utilise qui crée l’art. On vous laisse vous faire votre idée.

Quoi qu’il en soit, et pour conclure sur ce point, c’est presque un sans-faute niveau matériel pour « Oh Mon Dieu ! », et plus mitigé d’un point de vue graphique (on a préféré les visuels de la version Olympe à ceux de la version Égypte, plus « bling-bling »).

Mais qu’en est-il du jeu lui-même ?

Tes effets me font de l’effet

Comment joue-t-on ?

Au début de la partie, chaque joueur reçoit au hasard deux cartes du paquet (préalablement bien mélangé), qui constitueront sa main de départ. Les cartes restantes sont ensuite posées au milieu de la table, en une pioche commune.

À son tour, chaque joueur effectue deux actions :

  • Piocher une carte
  • Jouer une carte de sa main

Difficile de faire plus simple !

La zone de jeu devant soi est surnommée « panthéon », et elle accueille vos cartes de personnages légendaires (dieux, mortels, monstres, etc.). En plus des noms et des textes d’ambiance assez rigolos, chacune possède une valeur en haut à droite, baptisée « swag » (ou « style » en français), variant de 1 à 10.

Tout en bas, vous trouverez dans un encart le pouvoir du personnage. Son effet se déclenche de façon ponctuelle, différée ou permanente, selon les cas (et les symboles affichés). Comme chaque carte est différente, les rebondissements sont de mise, et certains effets entrent en combo particulièrement bien (ou pas) entre eux… À vous donc de veiller à jouer chacune au meilleur moment !

Certaines cartes détruisent d’autres cartes, certaines permettent de voler des personnages à un adversaire, d’autres de piocher, etc. De plus, les effets sont parfois modulés et ne s’appliquent qu’à certaines valeurs, types ou genres (masculin/féminin)… Bref, un grand bazar qui donne des airs de chaise musicale au leadership dans la partie.

Celle-ci se termine lorsqu’un joueur commence son tour avec au moins cinq cartes devant lui ; on fait alors la somme finale des points de style de chaque panthéon, et le joueur qui possède le score le plus élevé l’emporte. En cas d’égalité, c’est celui qui détient le personnage au « swag » le plus élevé qui gagne.

Mon panthéon est décousu (air connu)

Si le côté un tantinet aléatoire (malgré une dimension stratégique légère) prévaut, les parties rapides s’enchaînent néanmoins sans déplaisir. On se surprend à vouloir rapidement prendre sa revanche, en maudissant la chance de son adversaire qui aura pioché LA carte ultime qui le fait gagner juste avant.

Car oui, le hasard joue un rôle important dans « Oh Mon Dieu ! ». Certains personnages ont clairement des effets démesurés (voire disproportionnés), et tomber dessus a de grandes chances de vous donner un avantage indéniable. Inversement, certains sont plus anecdotiques et pourriront votre main en vous faisant maugréer malgré vous (miskine)…

Mais c’est le propre de ce qui est annoncé — et revendiqué — comme un jeu d’ambiance, après tout. On n’y joue pas tant pour la dimension tactique que pour la légèreté et l’imprévisibilité qu’il implique fatalement. D’ailleurs, l’humour y est omniprésent, tant dans les visuels que dans les textes d’agrément.

Ce comique est filé jusque dans les effets des cartes, qui essaient de coller à l’histoire de chaque personnage dans sa mythologie. Ainsi, par exemple, le charme de Cléopâtre forcera vos adversaires à vous remettre toutes les cartes masculines en main (!), tandis que Poséidon, grâce à son trident, vous permettra de piocher… 3 cartes.

Petit bonus : cela permet de réviser pédago-ludiquement ses connaissances, sans se prendre au sérieux. Et ça, c’est plutôt sympathique, même s’il faut l’avouer, on aura tendance à mieux connaître (et s’y retrouver dans) le panthéon grec que dans l’égyptien… Question de familiarité culturelle et civilisationnelle, peut-être ? Allez savoir.

Comme les deux opus de la gamme sont compatibles, il est annoncé qu’on peut les mélanger pour des parties encore plus déjantées… On n’a pas essayé (pas eu très envie, il faut l’avouer), mais on craint que cela ne soit encore plus chaotique et, pour le coup… indigeste.

Oh Mon Dieu !, verdict

Alors, « Oh Mon Dieu ! », c’est bien ?

Mouais. Ça va.

Dire qu’on ne s’amuse pas du tout en y jouant serait exagéré. Il y a de l’idée et même des choses ingénieuses qu’il convient de souligner. Tout bon joueur de Magic : l’Assemblée, par exemple, reconnaîtra des effets de certaines cartes bien connues de ce jeu légendaire. Créer, c’est aussi s’inspirer de ce qui a été fait, et tant qu’à le faire, autant que ce soit d’un bon modèle plébiscité, qui a fait ses preuves.

Bien sûr, « Oh Mon Dieu ! » n’a pas la richesse et la profondeur du jeu de Richard Garfield, mais ce n’est pas ce qu’il prétend, et ce n’est pas ce qu’on lui demande. Il s’affiche comme un pur jeu d’ambiance, avec une petite couche de réflexion qui ne vous fera pas mal aux neurones. On pioche, on pose, on déclenche des effets, on combote par-ci par-là, et puis voilà. Ah si, et on sourit en saisissant les clins d’œil plus ou moins appuyés à la mythologie suggérés par les cartes.

Mais c’est à peu près tout, et pas sûr que cela remplisse la dent creuse de joueurs affamés. Une fois passé l’effet de découverte et de surprise, le risque d’une certaine lassitude se profile. Pas un mauvais jeu donc, loin de là, mais pas un indispensable non plus. Et si on a apprécié la version « Olympe », on est un peu plus mitigé sur la version « Égypte ».

À vous de voir donc si vous préférez aller vous faire voir chez les Grecs, ou écouter les sirènes du port d’Alexandrie…

On aime…

  • Le « made in Drôme » écoresponsable. Enfin un jeu qui ne traverse pas trois océans avant d’atterrir sur notre table
  • L’humour qui transpire de partout, des textes d’ambiance jusqu’aux effets de cartes (Poséidon et son trident = 3 cartes, on valide le dad joke)
  • Des règles si simples que même Hercule aurait compris du premier coup (et pourtant, les douze travaux, c’était pas de la tarte)

On aime moins…

  • Les visuels qui sentent l’IA à plein nez. On aurait aimé un petit label « fait main » ou au moins un aveu honnête
  • Le hasard qui règne en maître absolu : parfois, on gagne parce qu’on est bon, souvent parce qu’on a pioché Zeus au bon moment
  • La version Égypte qui nous a moins emballés. Anubis méritait mieux que ça

C’est fait pour vous si…

  • Vous préférez les montagnes russes aux parties d’échecs
  • Vous voulez réviser votre mythologie sans ouvrir un Lagarde et Michard
  • Votre film préféré est Percy Jackson ET Le Retour de la Momie (oui, les deux, on ne juge pas)

Ce n’est pas fait pour vous si…

  • Vous pensez qu’un jeu sans vrai illustrateur, c’est comme une pizza sans fromage (ou avec de l’ananas. On ne juge toujours pas. Si un peu quand même)
  • Votre idée du fun, c’est optimiser des routes commerciales sur trois générations dans Brass
  • Vous estimez que les antiquités, ça se contemple au Louvre, pas sur une table de jeu

Oh Mon Dieu ! ne révolutionnera pas votre ludothèque, mais il y trouvera sa place, quelque part entre l’apéro et le dessert, là où même les dieux ont le droit de ne pas se prendre au sérieux.

Oui, mais des réserves.

⭐⭐⭐

Note : 3 sur 5.

Oh Mon Dieu ! Olympe chez Philibert

Oh Mon Dieu ! Égypte chez Philibert

Oh Mon Dieu ! Olympe chez Play-in

Oh Mon Dieu ! Égypte chez Play-in

Cet article provient de Gus & Co.

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