Pourquoi Bloops n’est absolument PAS un jeu pour l’apéro

| Titre | Bloops |
|---|---|
| Créateurs | MontiBearnar |
| Illustrateurs | Mathieu Lidon |
| Éditeur | Zygomatic (Asmodee) |
| Joueurs | 2 à 5 (meilleur à 4-5) |
| Âge | Dès 8 ans (bonne estimation) |
| Durée | 20-30 minutes |
| Thème | Poisson |
| Mécaniques | Mémoire |
| Langue | Française |
| Date de sortie | Janvier 2026 |
🐠 Marre d’attendre votre tour ? Avec Bloops, la défausse à l’aveugle devient interactive et frénétique. Un jeu pas si familial…
Bloops, Zygomatic nous refait le coup du Skyjo (mais en plus vicieux)

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
L’essentiel en 3 points :
- Blooops, un digne héritier de Skyjo et Cabo, dynamisé par des pouvoirs de cartes et une interaction féroce.
- L’excellente trouvaille de la « contre-défausse » qui permet de jeter ses cartes pendant le tour des copains. Zéro temps mort.
- Faussement familial. Le jeu exige un calme de plomb et une vraie concentration pour ne pas se noyer.
J’étais intimement persuadée d’avoir mémorisé un 9. J’aurais parié ma chemise. J’ai retourné la carte : c’était un 20. La loose absolue.
Encore un clone de Skyjo ? C’est exactement ce qu’on s’est dit en voyant débarquer la petite boîte de Bloops sur notre table. Faut dire que le marché dégurgite ce genre de jeux de défausse à l’aveugle par palettes entières en ce moment. Omerta, Cabo… on a l’embarras du choix.
Du coup, quand Zygomatic (le studio asmodéen derrière Dobble et Jungle Speed) sort sa propre mouture à 11 balles signée par un certain « MontiBearnar » (clairement un pseudo, mais bon), on était en droit d’être un poil méfiants. Surtout avec ce thème vu et revu du poisson rouge amnésique.
Et honnêtement ? On s’est un peu plantés. Bloops a un truc en plus. Un truc très, très méchant.
Mémoire de poisson rouge
Tiens, au passage, je vais profiter de ce petit article pour rappeler un petit truc.
Non. Les poissons rouges ne sont pas amnésiques.
L’idée qu’un poisson rouge n’aurait « que 3 secondes de mémoire » est un mythe populaire, sans base scientifique solide. Des travaux en cognition animale (qui remontent à… 1965) montrent que les poissons rouges sont capables d’apprentissages durables : ils peuvent associer un signal (lumière, son) à une récompense alimentaire, reconnaître des parcours dans un aquarium, et même différencier des formes ou des couleurs.
Des expériences ont démontré qu’ils peuvent retenir une information pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Ils développent aussi des routines : par exemple, apprendre à venir à la surface à une heure précise si on les nourrit régulièrement à ce moment-là.
En termes neurobiologiques, leur cerveau est évidemment très différent du nôtre, mais il est tout à fait capable de mémoire associative et spatiale. On parle de mémoire à court terme et à long terme, même si elle n’est pas comparable en complexité à celle des mammifères.
Comment ça tourne, dans ce bocal ?
Le pitch de base, vous le connaissez sûrement par cœur. Vous avez 6 cartes face cachée devant vous. Avant le carnage, vous avez le droit d’en regarder exactement 3. Les autres ? Mystère absolu. À votre tour, on pioche, on garde (en remplaçant une carte de sa grille sans la regarder, malheureux !) ou on défausse. Le but : avoir le score le plus misérable possible quand la manche se termine.
Mais là où le jeu sort du lot, c’est qu’il introduit des pouvoirs crasses. Défausser un 9 ? Bim, vous échangez une carte à l’aveugle avec le tableau d’une pote. Un 7 ? Vous l’espionnez (ou l’une de vos propres cartes).

La vraie trouvaille ? La contre-défausse
Si on s’arrêtait là, ce serait juste un Cabo re-skinné. Sauf que Bloops intègre une mécanique de contre-défausse. Et ça change absolument tout au rythme de la partie.
Imaginez l’angoisse. Quelqu’un jette un 5 au centre de la table. Si vous êtes intimement persuadé d’avoir un 5 planqué dans votre propre grille, vous pouvez le balancer illico par-dessus. Hors de votre tour. Zéro temps d’attente. Mais, et c’est un grand mais, si votre mémoire flanche et que vous vous trompez de carte, vous mangez une pénalité. Sévère.
Résultat des courses ? Fini le fameux temps d’attente où tout le monde checke son tel pendant le tour du voisin. On scrute la table et les cartes défaussées. On guette l’erreur de l’autre avec jubilation. L’interaction est constante.
Grosse erreur de casting sur la boîte
Il y a quand même un gros malaise avec Bloops. Le jeu est vendu avec l’étiquette « dès 8 ans » et un vernis très « ambiance familiale ». Fausse route totale.
Ce n’est pas un party game. Essayez d’y jouer pendant un apéro bruyant où tout le monde se raconte sa semaine, et c’est le naufrage assuré. Le jeu exige un silence quasi religieux. De la concentration. Si vous perdez le fil de votre grille (ce qui arrive ultra vite avec les échanges), vous allez juste subir la partie. Et finalement jouer au petit bonheur la chance. Pour les plus jeunes, la frustration peut grimper en flèche. C’est un filler tactique, limite prise de tête, pas un défouloir pour rigoler un coup.
Et niveau DA, disons que les illus de Mathieu Lidon font le job pour la lisibilité, mais on ne s’en relèvera pas la nuit.
Bloops, verdict
À environ 11 euros, Bloops est un très bon petit jeu de comptoir. Ultra-portable (la boîte est minuscule), nerveux, avec des retournements de situation bien punitifs grâce aux fameuses « cartes étoiles » (gardez-en trois et elles valent zéro, un pari suicidaire mais jouissif quand ça passe).
Mais voilà. Si vous avez déjà poncé Skyjo ou Cabo jusqu’à la corde, Bloops risque de faire franchement doublon dans votre ludothèque. C’est bien édité, la contre-défausse dynamise vraiment le tout, mais ça manque peut-être d’un petit supplément d’âme pour devenir un classique.
On a aimé : La mécanique de contre-défausse qui tue littéralement l’attente ; le petit frisson coupable des « cartes Étoiles » qu’on garde secrètement pour faire un braquage à la fin ; le format poche qu’on peut traîner partout.
On a moins aimé : Le décalage total entre le marketing « jeu de récré 8+ » et la vraie exigence cognitive à table ; la direction artistique un poil clinique ; l’impression tenace de jouer à un remix si on connaît déjà ses classiques.
C’est plutôt pour vous si… Vous aimez les petits jeux nerveux, vicieux, et que vos potes sont capables de la fermer pendant 15 minutes pour se concentrer.
Ce n’est plutôt pas pour vous si… Vous cherchez un jeu pour animer un apéro bruyant, ou si vous perdez déjà vos clés de voiture trois fois par semaine.
Bloops, c’est exactement comme retenir sa respiration sous l’eau. C’est court, c’est très intense, mais si tu te déconcentres une seule seconde, tu coules.
Bien, mais (clairement) pas top.
⭐⭐⭐
Note : 3 sur 5.
Cet article provient de Gus & Co.
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