Je déteste les jeux de guerre. Puis j’ai joué à Barbarian Kingdoms

| Titre | Barbarian Kingdoms |
|---|---|
| Créateurs | Christophe Lebrun |
| Illustrateurs | Sergey Shikin, Nasos Maloudis, Aurélie Lebrun du Puytison |
| Éditeur | Jester Games |
| Joueurs | 2 à 6 |
| Âge | Dès 14 ans |
| Durée | 60 à 120 min |
| Thème | Guerre, historique |
| Mécaniques | Pouvoir, asymétrie, conquête, majorité |
| Langue | Française et anglaise |
| Date de sortie | Juin 2023 |
⚔️ Barbarian Kingdoms bouleverse les codes ! Pourquoi ce jeu de conquête mérite votre attention (même si vous détestez les jeux de guerre).
alinerig
Elle travaille dans le domaine psycho-social. Elle est tombée toute petite dans la marmite du jeu sous toutes ses formes (plateau, jeux vidéo, escape room, murder). Elle aime particulièrement les jeux d’enquêtes et de déduction, les jeux de langage et de dynamique d’équipe . Écrire sur le blog lui permet de découvrir de nouveaux jeux et partager de vrais coups de cœur.
Barbarian Kingdoms : Bataille entre ennemis

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
L’essentiel en 3 points :
- Barbarian Kingdoms nous plonge dans les invasions barbares avec 6 royaumes aux pouvoirs uniques, un matériel Deluxe magnifique et des mécaniques qui reflètent brillamment l’époque.
- La grande originalité du jeu réside dans son système de combat où les joueurs peuvent secrètement miser des pièces pour renverser l’issue des batailles.
- Avec des règles simples mais une profondeur tactique réelle, le jeu brille particulièrement à 5-6 et offre une excellente rejouabilité grâce à son asymétrie et ses variantes.
Je déteste les jeux de guerre. Pourtant, j’ai passé deux heures hier soir à planifier le massacre de mes adversaires dans Barbarian Kingdoms.
Sur ce blog, je ne suis pas réputée pour écrire sur des jeux de combat, ce n’est pas ma tasse de thé. Mais lorsque Christophe, un ami de la ludothèque du village, m’a proposé une partie de Barbarian Kingdoms, j’avoue avoir été séduite par la qualité du matériel (édition exclusive). Faible que je suis, je me suis laissée convaincre de jouer « juste une partie pour voir ».
Et comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, j’avoue avoir pris beaucoup de plaisir à combattre. Lors de la première partie, chacun s’est gentiment observé, sans grand coup bas, histoire de voir comment le jeu fonctionnait, et il fonctionne plutôt très bien, comme vous le lirez plus loin. Cela n’a pas été aussi tranquille lors de la seconde partie : le sang a coulé, victoire jouissive.
Convaincue par ce jeu, j’ai proposé à Christophe, qui a plusieurs parties à son actif, de nous en parler ici. Un jeu de guerre historique, tout ce que je déteste, mais finalement pas tant que ça.

Barbarian Kingdoms, de quoi on parle ?
Barbarian Kingdoms est un jeu de société stratégique qui plonge les joueurs et joueuses dans l’époque tumultueuse des invasions barbares, aux temps des Huns, Saxons et autres Wisigoths. Un jeu compétitif de conquête de territoire pour 3 à 6 joueurs où chacun(e) incarne l’un des six royaumes qui s’affrontent pour la suprématie.
Le matériel
Une belle boîte de jeu, magnifiquement illustrée avec un matériel de belle facture qui donne envie de s’adonner au jeu. La version « Deluxe » est particulièrement soignée avec des plateaux de royaumes bien pensés, dotés de glissières pour basculer entre le français et l’anglais, des écrans magnétiques, des bourses en tissu velours et des pièces en métal peint, ou « Tremis » (monnaie romaine).
Des peuplades bien typées pour un jeu asymétrique
Chaque joueur représente un royaume avec ses propres caractéristiques, tant pour son roi que pour ses armées. Par exemple, les Huns peuvent piller une province inoccupée sans opposition, un clin d’œil aux raids impitoyables d’Attila ! Les parties jouées ont souligné l’importance d’adapter sa stratégie de conquête aux forces de son royaume tout en gardant à l’esprit les capacités de ses adversaires. Il est d’ailleurs indiqué dans les règles de lire à haute voix en début de partie les pouvoirs spéciaux de tous les protagonistes. Vous l’aurez compris, il s’agit d’un jeu asymétrique qui offre une belle variété tant par les peuplades jouées que par les territoires de départ.

Comment on joue ?
Deux conditions de victoire sont proposées, permettant d’adopter des stratégies diverses : soit éliminer deux rois adverses, soit conquérir sept provinces. Une seconde condition plus difficile à remplir à 5 ou 6 joueurs.
Les règles sont claires, relativement simples (mais le diable se cache dans la tactique !) et bien présentées dans un livret agréable à lire.
À chaque tour, les joueurs choisissent une action parmi cinq :
« Recruter » de nouvelles armées ou « Manœuvrer » les troupes en place au sein des provinces détenues par le joueur. Avec une règle d’or : ne jamais laisser plus d’une unité par province en fin de tour.
À noter la particularité de la zone de mer qui représente un seul et unique territoire neutre pouvant rassembler des unités de toutes origines sans qu’aucune bataille ne s’y déroule. Une unité embarquée en Sicile pourra, dès le tour suivant, débarquer en… Angleterre ! Une incongruité géographique, peu réaliste, mais un parti pris de la part des auteurs qui ajoute une touche stratégique avec des déplacements audacieux et des retournements de situation.
Un petit clin d’œil au jeu d’échecs car les joueurs peuvent faire un Roque pour échanger la position de leur roi avec celle d’une unité adjacente. Utile pour protéger son roi, pièce maîtresse, ou modifier sa position de combat.
Un joueur peut également « Envahir » et piller de nouvelles provinces, la routine pour une horde sauvage ! Puis, par la suite, « Revendiquer » ce territoire pour le contrôler et y apposer son blason. Ces deux actions sont ouvertes à la contestation d’un des autres joueurs (« Tu n’aurais pas dû… »), ce qui mènera inéluctablement à une bataille.
Dernière action possible, les joueurs peuvent « Taxer » leurs provinces pour lever des fonds, le nerf de la guerre et surtout de la corruption durant les combats !
Des combats bien ficelés et… bluffants !
Une mention spéciale pour le déroulement des batailles, à la fois original et riche en rebondissements.
Les combats surviennent à la suite d’une attaque directe ou d’une contestation provoquée par une invasion ou une revendication de territoire.
Toute unité située dans une province adjacente à celle de la bataille peut rejoindre la mêlée. Les forces en présence sont comptabilisées (points de bataille) mais, cerise sur le gâteau (!), les belligérants peuvent payer des pots-de-vin pour corrompre l’armée adverse.
Chaque joueur peut miser secrètement des Tremis dans sa bourse, qui s’ajouteront aux points de bataille (un Tremis = un point de bataille) et pourront bouleverser l’issue du combat. Une belle place au bluff (« et si je mettais zéro Tremis dans la bourse ?!… ») qui pimente la partie, d’autant plus que les montants joués sont reversés à l’adversaire en fin de combat ! Un excellent moyen de rééquilibrer les forces pour les tours suivants et qui souligne l’intérêt de surveiller les gains des adversaires issus des pillages ou taxes, autant de points de bataille potentiels lors des affrontements !
Autre subtilité : les armées victorieuses ayant rejoint un combat doivent ensuite se redéployer dans des provinces adjacentes contrôlées, sous peine d’être éliminées. Une contrainte qui oblige à bien anticiper ses mouvements : une unité arrivée par la mer ou depuis un territoire non contrôlé risque de disparaître, même après une victoire éclatante…
Barbarian Kingdoms, verdict
Barbarian Kingdoms est un jeu aux règles simples et créatives qui laisse une grande place à la stratégie.
Les belles illustrations et les mécaniques de jeu reflètent bien les temps barbares (invasions, contestations, pots-de-vin, pillages…) et donnent envie de se prendre pour Attila, le « Fléau de Dieu », ou Clovis !
Les tours de jeu s’enchaînent pour des parties relativement courtes avec de nombreux rebondissements. Pas de dés, mais du bluff lors des combats où la victoire ne tient qu’à un Tremis…
Un coup de cœur ludique qui permet de jouer jusqu’à 6, suffisamment rare pour le souligner, et avec une grande rejouabilité, d’autant que les règles proposent des variantes selon le niveau d’expertise ou des parties en équipe.
On a aimé :
- Le matériel somptueux de l’édition Deluxe (ces Tremis en métal, ces bourses en velours… on se croirait prêt à corrompre l’Empire romain !)
- Le système de bluff dans les combats qui transforme chaque bataille en poker menteur médiéval
- L’asymétrie des royaumes : jouer les Huns n’a rien à voir avec jouer les Saxons (et Attila approuve)
- La possibilité de jouer jusqu’à 6 sans que le jeu ne devienne un chaos interminable
- La règle de la mer qui permet des débarquements surprises (logique historique : 0/10, plaisir ludique : 10/10)
- Des parties qui s’enchaînent rapidement avec rebondissements garantis
On a moins aimé :
- La courbe d’apprentissage de certaines subtilités tactiques (cette histoire de redéploiement après victoire qui vous fait perdre vos troupes triomphantes… ça pique la première fois !)
- Le déséquilibre potentiel si les joueurs ne surveillent pas les richesses accumulées par leurs adversaires
- L’élimination précoce possible d’un joueur dans une partie à 3-4 (moins problématique à 5-6)
- Le thème « jeu de guerre historique » qui peut rebuter certains joueurs (mais franchement, donnez-lui sa chance !)
C’est plutôt pour vous si…
- Vous aimez les jeux où l’interaction entre joueurs est au cœur de l’expérience
- Le bluff et la lecture de vos adversaires vous excitent autant qu’une bonne stratégie militaire
- Vous cherchez un jeu pour 5-6 joueurs qui ne soit pas un party game
- Vous appréciez les jeux asymétriques où chaque partie se joue différemment
- Vous rêviez secrètement d’être Attila (on ne vous jugera pas)
Ce n’est plutôt pas pour vous si…
- Vous détestez l’élimination de joueurs et préférez que tout le monde reste en jeu jusqu’au bout
- Le hasard vous manque (pas de dés ici, que du pur skill et du bluff)
- Vous êtes allergique aux conflits directs entre joueurs
- Les jeux à thème historique/guerrier vous font fuir (même si celui-ci pourrait vous faire changer d’avis, comme moi !)
- Vous préférez les jeux coopératifs où l’on s’entraide plutôt que de se poignarder dans le dos
Barbarian Kingdoms prouve qu’avec les bons ingrédients, du bluff, de la stratégie, quelques pièces bien placées et une pincée de trahison, même les réfractaires aux jeux de guerre peuvent se découvrir une âme de conquérant barbare.
Très bon !
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
Récap
- Barbarian Kingdoms est un jeu de conquête stratégique se déroulant durant les invasions barbares, impliquant 3 à 6 joueurs.
- Le jeu se distingue par son système de combat où les joueurs peuvent bluffer en misant des pièces pour influencer l’issue des batailles.
- Avec des règles simples mais une profondeur tactique, il offre une grande rejouabilité et s’apprécie particulièrement en groupe de 5 ou 6.
- L’édition Deluxe propose un matériel de qualité, incluant des illustrations soignées et des pièces en métal, renforçant l’immersion dans l’univers du jeu.
- Malgré son thème de guerre, Barbarian Kingdoms peut séduire même ceux qui n’aiment pas les jeux de conflit grâce à ses mécaniques innovantes.
Cet article provient de Gus & Co.
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