Etherstone : L’horlogerie suisse du jeu de société

| Titre | Etherstone |
|---|---|
| Créateurs | Virginio Gigli, Simone Luciani |
| Illustrateurs | Paolo Voto |
| Éditeur | Thundergryph Games |
| Joueurs | 2 à 4 ( fonctionne bien dans toutes les configurations ) |
| Âge | Dès 14 ans ( cela demande pas mal de réflexion dans les drafts et l’enchainement des combos ) |
| Durée | 15-20mn / joueur |
| Thème | Fantasy |
| Mécaniques | Draft ouvert & fermé, dés, gestion de main, combinaisons, asymétrie |
| Langue | Française |
| Date de sortie | Octobre 2025 |
💎 Etherstone transforme le draft en art ! Luciani & Gigli signent un chef-d’œuvre ludique. Notre verdict après 20 parties acharnées.
Rôliste devenu platoïste par manque de temps. Pâtissier initié et fan de Robbie Williams. Patriarche de cœur d’un troupeau de gremlins. Aime qu’un jeu lui raconte une histoire…
Etherstone

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
L’essentiel en 3 points :
- Etherstone, un jeu de draft asymétrique signé Luciani & Gigli qui mélange brillamment plusieurs mécaniques connues
- Des parties rapides de 30 minutes avec une rejouabilité infinie grâce aux multiples factions et combos
- Une production Deluxe magnifique et un univers immersif qui justifient l’investissement
« Ma chérie me met des mines à répétition sur Etherstone et j’en redemande » : voilà le genre de phrase qu’on ne pensait jamais écrire.
Ayant suivi le projet d’un peu loin en tant que fan de l’éditeur depuis ses débuts, la surprise est de taille : Etherstone est un petit jeu rapide, facile d’accès avec une profondeur de jeu et une rejouabilité extrêmes. Voilà qui promet !
Des auteurs expérimentés
Ce n’est pas trop dans mes habitudes de parler des auteurs, mais sur ce jeu, il est difficile de passer à côté. La liste de leurs créations est impressionnante !
Simone Luciani pour commencer : Nucleum, Tzolkin, Barrage, Newton, Rats of Wistar, Annunnaki Dawn of Gods et le tout récent Echoes of Time.
Virginio Gigli ensuite : Egizia, Coimbra, Alma Mater, Leonardo da Vinci, First Rat.
Et le duo n’est pas en reste lorsqu’ils travaillent ensemble : Lorenzo le Magnifique, Darwin’s Journey, Golem, Grand Austria Hotel.
Il y a du niveau… et pourtant c’est l’éditeur que je suis depuis ses débuts qui m’y a amené. Comme quoi, la notoriété, c’est tout relatif.
Bienvenue sur Nobura
Une bien jolie boîte que voilà, extérieurement comme à l’intérieur. Je précise qu’il s’agit ici de la version Deluxe avec son écrin sombre, mais la version boutique est très belle également dans des tons plus blancs avec les illustrations des Factions se cachant en son sein. La principale différence se trouve dans le fait d’avoir des pions en carton dans cette dernière, alors que dans la version poussée ils sont en bois ou en métal.
À l’ouverture d’Etherstone, on découvre de petites boîtes en carton permettant de ranger les différents pions composés des etherstones, des points de victoire et des jetons divers, ainsi que 5 dés de couleurs différentes.
On y ajoute une bonne centaine de cartes pour donner vie au monde vous accueillant. De superbes cartes format tarot, avec effet lin et illustrées de manière grandiose ! C’est une des raisons m’ayant donné envie d’acquérir ce superbe objet. Je ne suis pas déçu !
Maintenant, il va falloir être à la hauteur de la promesse…

Un monde en grand danger
Le monde de Nobura était un désert il y a de nombreux siècles. Une entité supérieure se sacrifia en se transformant en etherstones. Elles donnèrent vie aux différentes Entités présentes qui se multiplièrent et colonisèrent ce tout nouveau monde.
Mais peu à peu le Néant, une des composantes de l’entité primordiale, semble se reprendre et détruire cet équilibre subtil. Certains Leaders ont émergé et utilisent les forces en présence pour tenter d’arrêter la propagation du Néant et des menaces qu’il engendre. Mais ce dernier peut être tentant puisqu’il augmente dans un premier temps les capacités des créatures qu’il infecte… pour les faire s’effondrer sur elles-mêmes au bout du compte.
Vous allez incarner l’un de ces Leaders.
Les factions en présence
5 Factions en présence :
Les Luministes. Techno-mages silencieux dont les parchemins peuvent modeler la réalité, ils communiquent par télépathie et vivent sur de grandes cités volantes.
Les Chuchoteurs. Changeformes proches de la nature au point d’en devenir des éléments permanents. Ils maîtrisent la vie et la croissance sous toutes leurs formes.
Les Limbiques. Créatures bestiales tirant leur survie de la poudre des etherstones rouges. Ils ont une force hors du commun et possèdent un système nerveux atrophié leur permettant de ne pas ressentir la douleur.
Les Exaltés. Hédonistes baroques utilisant de nombreuses substances hallucinogènes, notamment la Fumée, et vivant dans de grandes cités où l’excès règne en roi sous toutes ses formes. Ils profitent bien… quitte à en mourir.
Le Néant. Pas vraiment une faction en soi, mais composé de divers membres des autres factions ayant été corrompus.
Mais ne comptez pas utiliser uniquement l’une ou l’autre des factions, ce serait vraiment trop simple !

Des Leaders pour unifier dans la survie
Car oui, dans Etherstone, il va falloir vous glisser dans les bottes d’un leader charismatique de l’une des 4 factions.
Chacun possède ses capacités propres et devra faire de son mieux avec les troupes qu’il aura à sa disposition… Toutes ces cartes, que ce soient les Adeptes, les Rituels ou les Technologies, sont appelées Entités.
Ces dernières serviront à défendre le monde contre une multitude de Menaces. Vous devrez défaire chacune d’entre elles avec vos Entités. Ces victoires vous rapporteront divers avantages immédiats ainsi que des points de victoire en fin de partie.
Un air de déjà-vu mais franchement bien foutu !
Ne cherchez pas trop de nouveautés sur les différents systèmes utilisés ici. On connaît déjà tout ça : draft ouvert, draft fermé, puzzle de dés, moteur de ressources, combos de cartes et de capacités multiples. Que du classique…
Mais la mise en place de tous ces éléments est diablement efficace. On dirait de l’horlogerie suisse (je ne suis pas chauvin puisque je suis en France !) parfaitement agencée. Tous les rouages ont une importance, du plus simple au plus complexe. On prend plaisir à découvrir et prendre en main le jeu dans son ensemble. On a une jolie courbe de progression et, plus les parties avancent, plus les choix sont difficiles à faire. C’est le signe d’un grand jeu !
Ouvrons donc ce mécanisme de pointe et étudions-le avec attention…
Du draft à gogo
Si le draft n’est pas votre came, ce n’est pas la peine de rester. Circulez, y a rien à voir !
Draft fermé pour commencer. Toute partie d’Etherstone commencera par la pioche de 2 leaders et de 7 cartes Entités composées du mélange de toutes les Factions. Vous choisissez une des cartes Entités puis vous passez votre main au joueur suivant qui fait de même. On continue ainsi jusqu’à devoir prendre l’ultime carte solitaire et devoir faire avec… Vous choisissez un de vos Leaders en fonction des cartes en main et vous défaussez l’autre. On peut commencer !
Dans les parties à deux, vous pouvez ainsi avoir une bonne idée de ce que prépare votre adversaire puisque vous avez vu passer la plus grande partie des cartes… c’est aussi vrai pour lui.
Draft ouvert durant la partie. Avec les dés représentant les 5 factions jouées. On les lance pour avoir un résultat allant de 1 à 6 dans chaque couleur. Ils serviront pour récupérer des etherstones et déclencher certaines capacités de vos entités. On voit ça juste après, dans le déroulé du tour de jeu.
7 cartes pour la victoire et une seule action par tour
Le leader est posé face visible et vous avez 7 cartes en main. 5 dés différents sont disponibles au centre de la table. Les pions de victoire de la partie ainsi que les etherstones sont à portée de main. On peut commencer.
Vous ne pourrez faire qu’une seule action par tour de jeu parmi les 5 disponibles :
Prendre un dé. Récupérer un dé disponible et 2 etherstones de sa couleur. Puis sa valeur pourra potentiellement activer certaines capacités de vos Entités. J’ai précisé Entités au pluriel : une seule valeur pourra ainsi activer plusieurs de vos cartes en jeu et non une seule. Taquin !
Attaquer une menace. Vous devez envoyer au combat vos Adeptes afin d’égaler ou dépasser la valeur de la Menace. Tous les Adeptes ayant participé sont alors inclinés. Votre Leader peut participer sans s’incliner, mais la Menace lui fera des dégâts en retour…
Invoquer une carte de votre main. Payer le coût demandé en etherstones et poser votre Entité devant vous.
Vous reposer. Afin de redresser tous vos Adeptes inclinés.
Faire un Pacte avec le Néant. Si vous avez perdu tous vos points de vie, vous avez été maudit ! Vous êtes alors obligé de faire un pacte avec le Néant : vous remontez vos points de vie à votre seuil de départ, mais cela vous fera un gros malus en fin de partie… Vous pouvez le faire plusieurs fois si besoin.
Une fois votre action faite, on passe au joueur suivant. On peut donc tranquillement réfléchir à sa prochaine action tout en gardant un œil sur celles de nos adversaires… Et ainsi de suite jusqu’au déclenchement de la fin du jeu.
3 façons de finir la partie
La fin de partie d’Etherstone se déclenche de 3 manières différentes, c’est assez rare pour être signalé.
- Vous piochez et mettez en jeu la dernière menace de la pioche. Même s’il en reste d’autres en jeu, fin de partie.
- Vous ne possédez plus de cartes en main. Vous pouvez en avoir moins de 7 en jeu suite à des effets de destruction précédents, fin de partie.
- Il n’y a plus de points de victoire dans la réserve constituée en début de partie selon le nombre de participants, fin de partie.
Celui déclenchant la fin récupère un pion valant 2 points de victoire. On fait le tour de la table pour que tous aient joué le même nombre de tours de jeu et on passe au décompte final.
La victoire au plus retors…
Un joli coup au sujet du timing de déclenchement de fin de partie. Suivant votre position dans la boucle, les malédictions de vos adversaires, les menaces encore en jeu et encore plein d’autres facteurs, il deviendra intéressant, voire essentiel, de terminer la partie au bon moment pour couper l’herbe sous le pied de vos concurrents.
Rassurez-vous, ils feront le même calcul de leur côté…
Le fait d’être maudit ou d’avoir pactisé avec le Néant vous fera perdre de précieux points qui pourraient vous coûter la victoire. Mais cela permettait aussi de booster vos actions en cours de partie.
À méditer pour les confrontations suivantes !
Un siège au Conseil
Le petit plus d’Etherstone se trouve dans son avenir potentiel.
D’une part, ceux ayant participé à un certain niveau de pledge se sont vu attribuer une place au Conseil Noburien. Tout comme ceux qui ont pledgé plus bas mais ayant au moins 3 participations à des campagnes précédentes de l’éditeur. Mais aussi ceux ayant gagné des compétitions dans la vraie vie, avec de vraies cartes en bois d’arbres.
Ce sont ainsi 1000 sièges qui ont été distribués. Chacun aura un vote pour donner son avis sur le futur de la gamme. C’est encore un peu obscur pour le moment, mais cela devrait se décanter avec l’ouverture du Conseil durant le mois de septembre 2025.
Cela n’exclut pas de nouveaux participants puisque le Conseil pourra continuer de grandir à partir des futurs sièges 1001 et plus.
Dans un second temps, l’ambition de Thundergryph Games est de créer un jeu vidéo dans le monde de Nobura avec des passerelles vers le jeu de plateau et vice versa. Projet intéressant s’il en est.
On n’en sait pas plus pour le moment. On attend ici aussi l’ouverture du Conseil…
Etherstone, verdict
Je n’attendais rien de particulier au sujet d’Etherstone. Un éditeur que je suis régulièrement et une D.A. impressionnante. Le prix n’était pas excessif pour la qualité de matériel proposé, alors j’ai plongé sans vraiment regarder les règles. Que j’ai bien fait !
On perd de temps en temps le thème au profit du système, mais il suffit de se reconcentrer sur les illustrations grandioses pour s’y replonger immédiatement. Les noms poétiques des différentes Entités participent également à cela. C’est rare et c’est une bonne chose.
Un doigt de 7 Wonders, un soupçon de Res Arcana, un zeste de Roll Player, un arrière-goût de Fantasy Realms. Les accords sont connus, mais ils prennent toute leur envolée dans cette recette exceptionnellement réalisée. Il y a bien quelques questions de règles qui se posent puisque le livret est plutôt léger, mais rien qu’on ne puisse gérer en interne ou attendre quelques réponses de la part de la communauté.
C’est facile à prendre en main, pas d’attente entre les tours, rapide à jouer, profond stratégiquement avec une rejouabilité extrême et une énorme asymétrie. Une partie à 2 dure environ 30 minutes, ce qui permet de suivre ses envies pour en relancer immédiatement une nouvelle… au minimum. Que demander de plus ?
Il faudra découvrir, choisir et mettre en place vos différentes combos potentielles durant le draft puis la partie, tout en zieutant vos adversaires pour ne pas qu’ils vous pourrissent de trop. Car ils auront les capacités pour le faire. Pas d’affrontements directs avec eux, puisque tout le monde cherche à contrecarrer les Menaces, mais du court-circuitage indirect pour ralentir voire planter méchamment les autres. Que du bonheur !
Avec près d’une vingtaine de parties en l’espace de 10 jours, on commence à bien prendre le jeu en main et on creuse toujours plus loin pour « comboter » au max. On n’est pas prêt de s’arrêter et ma chérie prend un malin plaisir à me mettre des mines de manière régulière. C’est vraiment son type de jeu !
On a aimé :
- Les mécaniques parfaitement huilées qui font qu’on enchaîne les parties comme des Pringles
- La D.A. somptueuse qui nous fait presque pardonner de perdre (presque)
- Les combos vicieux qui transforment votre adversaire en punching-ball consentant
On a moins aimé :
- Le livret de règles un peu léger qui nous fait jouer aux devinettes
- Le fait que ma chérie me batte systématiquement (mais ça c’est personnel)
- L’addiction qui s’installe et fait disparaître les autres jeux de l’étagère
C’est plutôt pour vous si…
- Vous kiffez drafter et cherchez votre prochaine dose
- Vous aimez les jeux asymétriques où chaque partie est unique
- Vous avez 30 minutes et envie de vous prendre la tête (dans le bon sens)
Ce n’est plutôt pas pour vous si…
- Le draft vous donne des boutons
- Vous préférez les jeux où tout le monde fait pareil
- Vous cherchez un jeu pour initier mamie au moderne (sauf si mamie est une warrior)
Etherstone, c’est le genre de jeu qui transforme « une petite partie rapide » en « mais comment il est déjà 3h du matin ?! » – et on dit merci.
Excellent !

⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 5 sur 5.
Retours de campagne
Toutes les infos et explications se trouvent ici :
Septième campagne pour moi avec Thundergryph Games. Ils ont toujours produit des jeux magnifiques avec des thèmes me parlant. Tang Garden (je ne valide pas du tout le test de notre rédac’ chef !…) ou Spirit of the Forest par exemple. Certains ne sont pas top, mais leur ratio est carrément positif de mon point de vue. Ils ont par contre une fâcheuse tendance à être sérieusement en retard sur la livraison et à avoir un gros problème de communication durant leurs campagnes…
Sur cette dernière campagne en date, ils se sont plutôt améliorés. Campagne financée en avril 2024 pour une livraison prévue en février 2025… plutôt optimiste au vu de leurs dernières campagnes, notamment la big box de Tang Garden. Je vous en ferai peut-être un article un jour…
Jeu reçu en août 2025 avec une production soignée. 55€ plus le port pour un jeu version Deluxe (la version boutique étant à 30€) contenant des pions en bois laqués, des pièces métalliques, de tout mignons rangements très utiles. Rien de plastique (pas de sachets), tout est recyclable. Une boîte magnifique, un jeu vraiment top avec une direction artistique à tomber par terre. Rien à redire.
Je continuerai donc de suivre leurs projets avec attention.
Une unique question toutefois. Livraison effectuée en moins d’une semaine car les jeux ont été envoyés par avion depuis la Chine. Quel est le meilleur choix au sujet de l’impact sur l’environnement : 12h d’avion ou 6-8 semaines de bateau ? J’aurais tendance à préférer l’avion, mais je peux me tromper… À vérifier ici.
FAQ
Qu’est-ce qu’Etherstone ?
Jeu de draft asymétrique (Luciani & Gigli), rapide (30 min), très rejouable, riche en factions et combos, avec une production Deluxe immersive.
Cadre narratif ?
Dans Nobura, des etherstones ont créé la vie mais le Néant corrompt tout. Les joueurs incarnent des Leaders luttant contre cette menace.
Qui sont les auteurs ?
Luciani (Tzolkin, Barrage, Nucleum…) et Gigli (Egizia, Coimbra, Alma Mater…), déjà co-auteurs de Lorenzo et Grand Austria Hotel.
Déroulement d’une partie ?
Draft fermé (Leader + Entités), puis une action par tour : prendre un dé, attaquer, invoquer, se reposer ou pactiser avec le Néant. But : vaincre Menaces et marquer des points.
Forces, faiblesses et public ?
- Forces : mécaniques fluides, combos vicieux, DA somptueuse, forte rejouabilité.
- Faiblesses : règles un peu légères, addiction assumée.
- Public : fans de draft, d’asymétrie et de profondeur rapide ; pas pour ceux qui n’aiment pas le draft ni l’asymétrie.
Cet article provient de Gus & Co.
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