Draft, dieux et torticolis : On a testé Mythologies

Gus & Co ·
Draft, dieux et torticolis : On a testé Mythologies
Titre Mythologies
Créateurs Mickaël Garcin, Maxime Babad
Illustrateurs Arthur Boccard
Éditeur Super Meeple
Joueurs 2 à 4 (meilleur à 3-4)
Âge Dès 10 ans (bonne estimation)
Durée 30-45 minutes
Thème Mythologies (oui, c’est dans le titre)
Mécaniques Draft, combos
Langue Française
Date de sortie Mars 2026

30 minutes, 8 cartes à poser et une infinité de coups bas ! Notre avis sur Mythologies, le nouveau jeu de draft tendu signé Super Meeple.

Mythologies : Super Meeple fait du panthéon un petit moteur de combos

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.

L’essentiel en 3 points :

  • Dans Mythologies, ce sont 8 malheureuses cartes posées en 4 manches, mais des dilemmes qui font fondre le cerveau en 30 minutes.
  • 8 mythologies dans la boîte, seulement 4 par partie = 70 combinaisons de départ uniques.
  • La carte Destinée vous force à faire des choix sous très, très haute tension, quitte à briser quelques amitiés.

« Si tu me piques ce dragon chinois, je te retourne la table. » Voilà grosso modo l’ambiance de notre dernière soirée.

Vous avez fait quoi, vous, ce week-end ? Nous on avoue, on a joué, et rejoué, et re-rejoué à Mythologies, le tout nouveau jeu banger de Super Meeple.

Bon, on ne va pas se mentir. Quand on nous a dit que Super Meeple, l’éditeur parisien roi des gros jeux experts de trois heures qui te consument les neurones, sortait un petit jeu de cartes de 30 minutes… j’ai levé un sourcil. Un gros sourcil.

Surtout avec un énième thème sur les mythologies. Encore Zeus et des momies (aucun rapport) ? Mouais.

Et puis on a posé la boîte sur la table. On a fait une partie. Puis deux. Et là, c’est le drame : impossible de décrocher. On a vite compris pourquoi il était impossible d’approcher une table de Mythologies au dernier festival de Cannes sans faire une heure de queue. J’y étais. J’ai sué pour trouver une place.

8 malheureuses cartes pour dominer les dieux

Oubliez les manuels de 48 pages et demi. L’idée de Maxime Babad et Mickaël « Froh » Garcin est diaboliquement simple : vous devez bâtir votre Panthéon personnel sur une grille de 3×3. Et c’est tout. En 4 manches, vous allez poser exactement 8 cartes. Ça paraît ridicule, non ? Sauf que chaque carte posée compte. Vraiment.

Le jeu propose 8 mythologies (Inca, Zouloue, Nordique, Celte, Chinoise, Hindoue, Égyptienne et Grecque). Mais, et c’est là que le cerveau commence à chauffer, on n’en utilise que 4 par partie. Faites le calcul : ça donne 70 configurations de départ possibles. La rejouabilité est juste dinguissime.

La Destinée, cette plaie absolue

Vous aimez le draft pépouze façon 7 Wonders, où on se fait passer un paquet de cartes en souriant poliment à ses voisins ? Oubliez tout. Dans Mythologies, la sélection est une pure torture psychologique.

À chaque tour, on retourne une carte « Destinée ». Et cette petite chose va vous dicter dans quelle mythologie vous avez le droit de piocher. Tu voulais désespérément ce dragon chinois pour déclencher le combo du siècle ? Pas de bol, la Destinée t’envoie chez les Celtes.

Chacun pose alors un jeton face cachée. Soit « Je prends », soit « Nah! je passe ». On révèle tous en même temps. Les regards se croisent, on se jauge. Parce que si tu passes, tu espères que la prochaine Destinée sera meilleure… mais quelqu’un va forcément te piquer LA carte que tu lorgnais. Ce draft sous contrainte est puissant. Frustrant, vicieux, mais puissant. Surtout à 3 ou 4 joueurs où la tension est à son comble (à 2, c’est un poil plus… sage. Certains diraient même trop sage. Le jeu propose toutefois une règle spéciale pour équilibrer le tout. Mais pour être honnêtes, on a moins kiffé qu’à 3-4).

Des combos qui font « Boum »

Une fois ta carte acquise, il faut la placer dans ta grille. Sur le plan céleste, terrestre ou abyssal. L’emplacement déclenche des bonus immédiats : des gemmes ou des faveurs (les points de victoire). Et compléter des lignes ou des colonnes te donne d’autres bonus.

Puis les pouvoirs s’activent. C’est là que le jeu révèle sa vraie nature. On déplace, on « écrase » d’autres cartes, on sacrifie ses propres bestioles pour récupérer assez de gemmes et invoquer des divinités surpuissantes. Quand votre plan machiavélique à trois bandes se déroule sans accroc, c’est incroyablement jouissif. La micro-gestion est viscérale.

Une claque visuelle et matérielle

Faut qu’on parle d’Arthur Boccard. L’illustrateur. Il vient du jeu vidéo, c’est son premier jeu de plateau. Et franchement, ses illustrations sont à tomber par terre. Chaque mythologie a sa propre identité visuelle. C’est somptueux.

Côté édition, pour une trentaine d’euros, Super Meeple a fait les choses bien. Ils ont même inclus 8 petites boîtes de rangement en carton pour chaque paquet. Fini le cauchemar des sachets zip ! L’installation prend deux minutes chrono max. Et oui, on peut certainement s’attendre à des extensions qui pourraient très bien venir s’intégrer à la boîte de base.

Un mot sur Super Meeple, parce que le contexte éditorial est ici intéressant. L’éditeur parisien fondé en 2014 par Charles Amir Perret s’est fait un nom avec la localisation de pépites comme Ark Nova, ou Maracaibo, et la réédition de classiques (Tikal, Amun-Re). Ils ont raflé plusieurs prix ces dernières années. Mais clairement, Mythologies représente un virage stratégique pour eux : à une trentaine d’euros pour 30-45 minutes, c’est beaucoup plus accessible que leurs habituels jeux experts à 50-70 €.

Avec Mythologies, l’éditeur assume : le marché des jeux familiaux a un potentiel « infini » quand le public expert reste « très limité ». Mythologies, c’est le pont entre ces deux mondes, sans renier l’ADN Super Meeple (production soignée, profondeur, sélection coup de cœur). Le cul entre deux chaises. Mais avec deux chaises bien solides (et un fessier souple et musclé).

Le revers de la médaille (parce qu’il y en a un)

Je dois quand même mettre un petit coup de frein. La toute première partie pique. Fort.

C’est le festival de la lecture silencieuse. Tout le monde a le nez collé sur ses cartes pour déchiffrer les textes et les pictos. À 4, on plisse les yeux (bonjour le torticolis) pour lire les pouvoirs des autres à l’autre bout de la table. Le rythme en pâtit sérieusement, et le souffle épique s’efface un peu derrière un pur tableur Excel d’optimisation. Et on vous conseille d’éviter la configuration de départ recommandée, un peu trop lisse. Choisissez au feeling.

Mais… accrochez-vous. Dès la deuxième partie, le miracle opère. Tout s’éclaire, le rythme explose et on ne lit plus rien : on attaque.

Mythologies, verdict

Si vous cherchez un jeu capable de vous cramer quelques neurones en 30-45 minutes chrono, foncez. Mythologies est une pépite d’optimisation tactique, cruelle et sublime.

On a aimé : La patte graphique magistrale d’Arthur Boccard, le draft sous contrainte qui rend fou, les petites boîtes de rangement hyper malignes, et la satisfaction viscérale d’un combo à trois bandes.

On a moins aimé : La toute première partie qui ressemble à une séance de lecture muette, le torticolis à 4 joueurs pour loucher sur les cartes adverses, et le mode 2 joueurs un brin moins électrique.

C’est plutôt pour vous si… Vous kiffez les jeux qui font surchauffer les neurones sur un format express et que l’optimisation spatiale vous donne des frissons.

Ce n’est plutôt pas pour vous si… L’idée qu’un adversaire détruise VOTRE plan parfait vous donne envie de renverser la table, ou si vous détestez lire de petits textes lors du premier contact.

Avec Mythologies, Super Meeple nous prouve qu’on n’a pas besoin de séquestrer ses potes pendant 3 heures pour vivre une grande expérience stratégique. Allez tschüss, on y retourne.

Très, très bon !

⭐⭐⭐⭐⭐

Note : 4.5 sur 5.

Mythologies chez Philibert

Mythologies chez Play-in

Cet article provient de Gus & Co.

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