Beast : La Belle (mécanique) et la Bête

| Titre | Beast |
|---|---|
| Créateurs | Elon Midhall, Aron Midhall |
| Illustrateurs | Aron Midhall |
| Éditeur | Don’t Panic Games |
| Joueurs | 2-4 (meilleur à 3) |
| Âge | Dès 14 ans (bonne estimation) |
| Durée | 60-90 minutes |
| Thème | Fantastique |
| Mécaniques | Draft, asymètrique, semi-coopératif |
| Langue | Française |
| Date de sortie | 2023 pour la VO, janvier 2026 pour la VF |
🐺 Chasseur ou proie ? Dans Beast, le doute est permis. Un jeu de société asymétrique expert qui mêle bluff, draft et tension extrême.
PEF
PEF, alias Pierre-François pour les intimes. Maître incontesté des jeux de société qui durent une éternité. PEF s’est lancé dans les jeux de stratégie complexes dès qu’il a pu tenir un dé dans ses mains. Ses préférés sont ceux qui nécessitent de bâtir des empires et de comploter contre ses adversaires tout en sirotant une tisane. Devise : « Si le jeu dure moins de deux heures, c’est une pause-café ! »
Beast : La chasse est ouverte dans le Grand Nord

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
L’essentiel en 3 points :
- Beast, un draft partagé excellent : Chasseurs et Bête piochent dans le même paquet, créant des dilemmes constants.
- Une direction artistique folle : Standees en acrylique et illustrations sombres pour une immersion totale.
- Exigeant : Un livret de règles imparfait et une courbe d’apprentissage qui demande de la persévérance.
On connaît tous ce moment gênant dans Scotland Yard où Mister X s’ennuie un peu. Beast a réglé le problème : maintenant, Mister X veut vous manger.
Vous entendez ce craquement de branche ? Non ? C’est normal. Dans Beast, si vous entendez quelque chose, c’est qu’il est probablement déjà trop tard.
Bienvenue dans les Terres du Nord, une contrée sauvage où une colonie de pionniers a eu la « géniale » idée de s’installer sans vérifier le cadastre. Résultat : une créature légendaire, pas franchement ravie de voir débarquer le voisinage, protège son territoire avec férocité. Localisé par Don’t Panic Games et imaginé par le Studio Midhall, Beast est un jeu de traque asymétrique (le fameux « un contre tous ») pour 2 à 4 joueurs.
Alors, simple partie de cache-cache ou révolution du genre ? On a enfilé nos peaux de bêtes pour vous répondre.

Cache-cache mortel (avec des dents)
Le cœur de Beast, c’est cette asymétrie délicieuse. Un joueur incarne la Bête (un prédateur mystique aux faux airs de divinité païenne en colère), tandis que les autres jouent les Chasseurs mandatés pour la traquer.
Si vous avez poncé Scotland Yard ou Lettres de Whitechapel, vous connaissez la chanson : la Bête se déplace secrètement grâce à un deck de cartes directionnelles (Nord, Sud, Ouest, Est) caché derrière son paravent. Les Chasseurs, eux, connaissent son point de départ, mais doivent déduire sa position actuelle en fonction des traces laissées (« Empreintes ») ou des visions de certains personnages.
Mais là où Beast met un grand coup de pied dans la fourmilière, c’est que la proie ne se contente pas de fuir. Oh que non. Ici, la Bête est une prédatrice. Elle doit se révéler pour éviscérer du colon, invoquer des sbires ou attaquer un chasseur imprudent. C’est un rythme cardiaque en dents de scie : silence, tension, BOUM, apparition, carnage, et disparition. On est plus proche de Predator que de Sherlock Holmes.
Le draft partagé
C’est ici que le jeu passe de « très sympa » à « brillant ». Au début de chaque manche (une « Journée »), on drafte les cartes d’action. Le twist ? La Bête et les Chasseurs piochent dans le même paquet. Chaque carte a deux effets : un pour les humains (en haut), un pour le monstre (en bas).
Imaginez le dilemme cornélien et la sueur froide :
- « Si je ne prends pas cette carte, je laisse à la Bête un déplacement de 3 cases qui lui permet de s’enfuir. »
- « Mais si je la prends pour la bloquer, l’effet Chasseur est nul pour moi et je pourris ma main. »
C’est un jeu psychologique permanent. La Bête, silencieuse, écoute les Chasseurs débattre (« Il a pris la carte Attaque, c’est sûr ! »), tout en sachant pertinemment qu’elle a drafté de quoi disparaître dans les marais. C’est du « hate-draft » élevé au rang d’art.
Une claque visuelle (et acrylique)
Parlons « matos », parce que là, il y a du niveau. Oubliez la grisaille plastique habituelle. Beast a fait le pari des standees en acrylique. Voir ces silhouettes translucides et colorées se dresser sur le plateau, ça a une de ces allures ! Les illustrations d’Aron Midhall, sombres, crayonées, presque sales (dans le bon sens du terme), nous plongent immédiatement dans une ambiance de conte nordique qui a mal tourné.
Le plateau double couche est un bonheur d’ergonomie, et les meeples en bois (sangliers, loups) ajoutent une touche tactile très agréable. C’est beau, c’est propre, c’est immersif.
Tout n’est pas rose au pays des glaces
Bon, on ne va pas se mentir, la Bête a quelques puces. D’abord, le livret de règles. Disons-le franchement : il est parfois aussi clair qu’une nuit sans lune dans une forêt dense. Manque de précisions, cas particuliers oubliés… La première partie sera laborieuse, le temps de décrypter certaines subtilités (merci les forums et BGG pour la FAQ officieuse).
Ensuite, le jeu brille vraiment à 3 ou 4 joueurs. À 2 joueurs, le Chasseur doit gérer deux personnages, et on perd tout le sel de la communication et de la coordination de groupe. C’est jouable, mais c’est comme manger une raclette tout seul : ça nourrit, mais il manque l’ambiance.
Enfin, avec seulement 4 contrats (scénarios) dans la boîte de base, on a vite envie de plus. Heureusement, la communauté est hyper active (scénarios fan-made dispos) et l’extension Shattered Isles pointe déjà le bout de son nez pour renouveler le massacre.
Beast, verdict
Beast, c’est une expérience. Exigeante, parfois punitive, mais gratifiante. C’est un jeu qui demande de l’investissement, mais qui vous le rend au centuple en termes de narration émergente et de souvenirs de jeu. « Tu te souviens quand tu m’as marché dessus sans me voir ? » restera une phrase culte de nos soirées.
En ce début 2026, Beast se taille une belle place. À noter que le jeu annonce déjà deux (grosses) extensions pour ce mois de janvier, La Grande Chasse et Les Iles Dévastées.


Si vous cherchez un jeu expert, beau à pleurer et tendu comme une arbalète, la chasse est ouverte.
On a aimé : Le système de draft qui transforme chaque choix en torture mentale, la tension palpable (la Bête est une vraie menace), et les standees en acrylique (c’est beau, c’est lisible, on en veut partout !).
On a moins aimé : Le livret de règles qui aurait mérité d’être chassé et abattu à la naissance, et le mode 2 joueurs un peu schizophrène.
C’est plutôt pour vous si… Vous aimez les jeux à ambiance où l’on transpire un peu et cherchez une alternative moderne à Lettres de Whitechapel.
Ce n’est plutôt pas pour vous si… Vous détestez la confrontation directe, le bluff, et voulez un jeu « clé en main » sans avoir à vérifier une FAQ en ligne.
Beast ne caresse pas le joueur dans le sens du poil, mais quelle fourrure magnifique !
Très bon !
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
Cet article provient de Gus & Co.
Lire l'article complet sur Gus & Co →
Aucun commentaire
Connectez-vous pour laisser un commentaire.
Se connecter