Arigatō : La claque zen et l’adieu sublime de Ludonaute

| Titre | Arigatō |
|---|---|
| Créateurs | Mélodye Ladrat, Florian Sirieix |
| Illustrateurs | Thomas Brotons |
| Éditeur | Ludonaute |
| Joueurs | 1-5 (tourne bien à toutes les configurations) |
| Âge | Dès 10 ans (bonne estimation) |
| Durée | 45 minutes |
| Thème | Japon médiéval |
| Mécaniques | Draft, objectifs |
| Langue | Française |
| Date de sortie | Novembre 2025 |
🌸 Ludonaute tire sa révérence avec Arigatō. Un dernier jeu de stratégie sublime et cruellement malin. Notre avis complet sur cet adieu ludique.
Article écrit par Loïc. Breton d’origine et exilé depuis peu en Suisse (pour son chocolat, surtout), Loïc vit et respire jeux de société. Il est toujours prêt à sortir cartes et plateaux pour s’amuser et partager sa passion débordante. Joueur dans l’âme, sa devise est « Une petite partie, entre deux arrêts de bus ? ».
loicchezgusco
Arigatō : La révérence sublime de Ludonaute

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
L’essentiel en 3 points :
- L’avant-dernier jeu de Ludonaute, conçu comme un acte de résistance à la surproduction.
- Des règles accessibles pour une profondeur stratégique intense basée sur des choix cornéliens.
- Grâce au jeu simultané, les parties sont fluides et pliées en 45 minutes, même à 5.
Dire « Merci » n’a jamais été aussi stratégique, ni aussi déchirant.
C’est une histoire de fleurs de cerisier qui tombent, de katanas qu’on forge dans l’urgence et d’un « Merci » qui résonne comme un adieu. Aujourd’hui, on ne vous parle pas juste d’une boîte de jeu. On vous parle d’un testament ludique.
Un village japonais médiéval, l’aube qui pointe, une brume légère… et une pression monstre. Dans douze jours exactement, c’est l’anniversaire du Shogun. Votre mission ? Transformer votre petit hameau en une machine de guerre artisanale pour inonder le palais d’offrandes somptueuses.
Mais en coulisses, c’est une toute autre histoire qui se joue. Arigatō est l’avant-dernier titre de l’éditeur Ludonaute, suivi de près par Limit, leur tout dernier jeu. Les parents de Colt Express, Lewis & Clark et Living Forest ont tiré leur révérence fin 2025 dans un acte de « décroissance volontaire » aussi punk que poétique.
Alors, cet avant-dernier tour de piste : chef-d’œuvre crépusculaire ou simple baroud d’honneur ? On a poncé les cartes, on a médité (et beaucoup calculé), et voici notre verdict.
Un thème Zen… sous amphét
Sur le papier, on est dans la zénitude absolue. Merci à l’illustrateur Thomas Brotons pour cette direction artistique qui caresse la rétine : des tons pastels, des textures « papier de riz », une lisibilité exemplaire. On est loin du « kiloplastique » agressif qui sature les étals. Ici, on manipule des cartes avec la délicatesse d’un maître de thé.
Mais ne vous y trompez pas. Sous ses airs de promenade de santé au Mont Fuji, Arigatō est un brise-neurones de compétition conçu par le duo Florian Sirieix et Mélodye Ladrat.
Le cœur du jeu ? Un système de draft et de gestion de main simultané qui élimine le temps mort (et ça, on adore). La partie dure 12 tours (les 12 jours), chacun découpé en trois temps, rythmés comme un haïku violent :

L’aube (le dilemme cruel)
Vous avez 5 cartes en main. C’est le moment du « split-card » (cartes à usages multiples). Vous devez décider du destin de chacune :
- 1 résident : Il rejoint votre village pour construire votre moteur (revenus passifs, combos).
- 2 fabricants : Vous les défaussez brutalement pour produire des ressources immédiates (feu d’artifice, katana…).
- 2 voyageurs : Et c’est là que le cerveau fume. Vous devez donner ces deux cartes à votre voisine ou voisin de gauche. Cadeau empoisonné ou offrande royale ? Ce choix est une torture exquise. Garder ce Maître Origamiste pour ses points de victoire ou le sacrifier pour le papier qu’il produit maintenant ? Lui donner cette carte qui l’arrange ou se priver soi-même ?
La journée (les actions)
On révèle tout le monde en même temps. On produit, on active les pouvoirs en cascade, et surtout, on court livrer nos offrandes au Palais pour marquer des Faveurs. La sensation de montée en puissance est jouissive : au début on bricole un éventail, à la fin on livre des statues en or massif. Oui, dans Arigatō, il y a un (peu) d’engine-building.
Le crépuscule (la sentence)
Le Shogun a ses caprices (objectifs communs). Avez-vous produit assez de trucs, de bidules ce jour-là ? Si oui, bravo. Sinon, le train de la victoire ne repasse pas.
Pourquoi ça marche (terriblement bien) ?
C’est le grand écart réussi. Le jeu s’explique en 10 minutes (format « Familial + »), mais demande une lecture du jeu digne d’un expert pour l’emporter. La simultanéité fait qu’une partie à 5 ne dure pas 3 heures, mais plie l’affaire en 45 minutes intenses. On a toujours le nez dans le guidon, à optimiser son petit moteur, tout en surveillant du coin de l’œil ce que fabrique le ou la voisine.
Côté interaction ? On est entre potes polis. Pas d’attaque directe qui détruit le village adverse, mais une interaction de flux et d’opportunisme. C’est subtil, parfois frustrant (dans le bon sens), et parfait pour les optimisateurs qui détestent le chaos pur.

Arigatō, verdict
Ou : Le chant du cygne a du coffre
Alors oui, on pourra reprocher à Arigatō d’avoir un déluge de pictos qui demande X tours pour commencer à les saisir. Alors oui, on pourra lui reprocher de proposer une interaction polaire. Même si on fourgue deux de ses cartes à gauche, on ne se soucie pas tellement de ce que les autres font. On garde les yeux rivés à ses cartes, ses artisans, son palais, ses ressources pour remplir tel ou tel objectif, compléter telle ou telle carte. Mais qu’est-ce que c’est bon ! 45 minutes intenses, tendues !
Arigatō, c’est le « guilty pleasure » de Ludonaute. Un jeu d’artisans, pour des artisans du jeu, qui nous disent merci avant de fermer la boutique. C’est beau, c’est fluide, c’est intelligent.
Certes, on pourra chipoter sur l’absence d’aide de jeu physique (un QR code pour les picto, ça casse un peu l’immersion zen), mais face à l’élégance mécanique de l’ensemble, c’est un détail. Ludonaute ne se contente pas de partir ; ils nous laissent une pépite intemporelle.
On a aimé :
- La direction artistique de Thomas Brotons, belle à en pleurer (du pastel, enfin !).
- La fluidité absolue du tour simultané : on ne s’ennuie jamais.
- Le supplice du choix (split-card) : donner une carte à son voisin n’a jamais été aussi douloureux.
- Le prix contenu (env. 25€), un vrai pied de nez à l’inflation ludique.
On a moins aimé :
- L’absence d’aide de jeu physique (le QR code en pleine partie zen, c’est non).
- L’interaction un peu trop polie pour les amateurs de coups bas sanglants.
- Le thème au final très, très peu intégré.
- Un déluge de pictos.
C’est plutôt pour vous si…
- Vous cherchez le rapport temps de jeu / profondeur idéal.
- Vous aimez optimiser votre petit coin de table tout en surveillant les autres.
- Vous voulez posséder un morceau d’histoire ludique.
Ce n’est plutôt pas pour vous si…
- Pour vous, jouer signifie détruire l’armée de votre voisin.
- Vous êtes allergique aux salades de points et à l’iconographie dense.
Pour un jeu qui s’appelle « Merci » en japonais, c’est surtout à nous de remercier Ludonaute : partir sur un tel coup de maître, c’est la classe à l’état pur. Sayonara, les artistes !
Très, très bon !
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 4.5 sur 5.
Cet article provient de Gus & Co.
Lire l'article complet sur Gus & Co →
Aucun commentaire
Connectez-vous pour laisser un commentaire.
Se connecter